Résumé
Le Tchad et la République Centrafricaine disposent d’importantes ressources en Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL) qui constituent des leviers potentiels de développement économique et social. Toutefois, la récurrence des crises politico-sécuritaires, la faiblesse de l’emploi formel et la paupérisation croissante des populations ont favorisé l’essor de l’auto-employabilité féminine dans les microentreprises informelles de valorisation des PFNL. L’objectif de cet article est d’analyser les dynamiques de genre et d’auto-employabilité dans les filières de valorisation des PFNL entre le Tchad et la République Centrafricaine, en mettant en évidence les contraintes structurelles et les opportunités de co-construction d’un modèle intégré d’entrepreneuriat transfrontalier. L’étude adopte une approche qualitative, compréhensive et comparative. Les investigations ont concerné les zones de production, d’écoulement et de commercialisation des PFNL, en impliquant femmes entrepreneures, peuples autochtones, communautés locales, intermédiaires et acteurs des marchés urbains. Les résultats montrent que les femmes constituent les actrices majeures des chaînes de valeur des PFNL et développent des stratégies d’auto-emploi résilientes face aux contraintes économiques. Cependant, les filières demeurent largement informelles, marquées par l’absence de cadres juridiques harmonisés, un accès limité au financement bancaire, des tracasseries administratives et une faible structuration des marchés transfrontaliers, compromettant leur durabilité économique et écologique. L’article préconise la formalisation progressive des filières, l’harmonisation des textes réglementaires et la mise en place d’un modèle transfrontalier de gouvernance responsable des PFNL. Une telle dynamique favoriserait l’entrepreneuriat féminin, la création d’emplois décents et la valorisation durable des ressources naturelles, en cohérence avec les Objectifs de Développement Durable.
Abstract
Chad and the Central African Republic have significant resources in non-timber forest products (NTFPs), which represent potential drivers of economic and social development. However, recurring political and security crises, low formal employment, and increasing poverty have led to a rise in female self-employment in informal microenterprises that utilize NTFPs. The objective of this article is to analyze gender dynamics and self-employment in NTFP value chains between Chad and the Central African Republic, highlighting structural constraints and opportunities for co-constructing an integrated model of cross-border entrepreneurship. The study adopts a qualitative, comprehensive, and comparative approach. The investigations covered NTFP production, distribution, and marketing areas, involving women entrepreneurs, indigenous peoples, local communities, intermediaries, and urban market actors. The results show that women are the main actors in NTFP value chains and develop self-employment strategies that are resilient to economic constraints. However, these sectors remain largely informal, marked by a lack of harmonized legal frameworks, limited access to bank financing, administrative red tape, and poorly structured cross-border markets, compromising their economic and ecological sustainability. The article recommends the gradual formalization of the sectors, the harmonization of regulatory texts, and the establishment of a cross-border model of responsible NTFP governance. Such a dynamic would promote female entrepreneurship, the creation of decent jobs, and the sustainable use of natural resources, in line with the Sustainable Development Goals.
Keywords: Non-Timber Forest Products, Women's Entrepreneurship, Cross-Border Governance, Chad, Central African Republic.